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Vu sur le Net, l'exposition "Alger, paysage urbain et architectures"
à Paris, du 25 juin au 14 septembre 2003 et présentée ultérieurement à Alger et Montréal.

© Cité de l'architecture et du patrimoine, Paris et Archimagazine.com

L’exposition "Alger, paysage urbain et architectures" retrace les grands cycles de transformation et de modernisation de la capitale algérienne, des dernières décennies de l’époque ottomane à nos jours. Des hauteurs de la ville blanche au front de mer, une promenade à travers le temps met en valeur les visages successifs de la Casbah et de la ville européenne, des premières réalisations militaires françaises aux contributions bâties ou non de Viollet-le-Duc, Henri Sauvage, Auguste Perret, Le Corbusier, Roland Simounet, Fernand Pouillon ou Oscar Niemeyer et la relation à l’imaginaire que la ville blanche a façonné. Histoire d’une capitale qui se construit.

Dessins d’époque, photographies anciennes, plans et documents graphiques, pour la plupart inédits, provenant en grande partie du fond d’archives de la Cité de l’architecture et du patrimoine, témoignent de la rencontre, dans un site exceptionnel, entre desseins politiques et démarches d’architectes. Des maquettes représentant des projets réalisés ou non, et des représentations picturales de la ville et de bâtiments historiques, viennent compléter un parcours découverte qui suit un ordre topographique et chronologique précis découpé en six thèmes majeurs : "La Casbah entre l’époque ottomane et la rénovation urbaine", "Le front de mer et la ville coloniale", "Le boulevard Laferrière et le 'nouvel' Alger", "Des plans pour Alger", "Les hauts d’Alger", "Des grands ensembles aux grands équipements".

Cette exposition est organisée dans le cadre de "Djazaïr, une année de l’Algérie en France".
Elle sera présentée ultérieurement à Alger et Montréal.

1 - La Casbah entre l’époque ottomane et la rénovation urbaine

Fondée au Xe siècle par un prince berbère sur les ruines de l’ancienne colonie romaine d’Icosium, Al-Jazâ’ir al-mahrûsa, la bénie, la blanche, vit de ses activités commerciales. Ce n’est qu’à partir du XVIe siécle après la conquête ottomane que ses limites urbaines seront fixées telles que les trouveront les Français en 1830. Alger compte alors, à l’intérieur des remparts, environs 35.000 habitants, 8.000 maisons, une dizaine de grandes mosquées et plus de 100 de petites, une cinquantaine de hammams, 8 casernes, souqs, zaouias, fundouqs...
Comme une coulée blanche de forme triangulaire, la ville descend vers la mer, à partir d’une colline haute de 124 mètres, au sommet de laquelle s’élève la Casbah (Citadelle) qui a donné son nom à la médina. Elle se divise en deux parties bien différenciées : une ville haute (al-Djebel) aux ruelles irrégulières, vouée à la population la moins fortunée et une ville basse (el-Wata) avec des rues régulières habitée par la caste dominante d’origine turque. Celle-ci s’organise autour d’une zone centrale où convergent les trois grandes rues commerçantes de la ville : la rue Bab el-Jezira dessert la porte de la Marine (Bab el-Jezira) par laquelle passe le trafic militaire et commercial du port ; la rue Bab Azoun mène à la porte du même nom, au sud, d’où partent toutes les routes pour l’intérieur du pays et la rue Bab el-Oued dessert les faubourgs nord de la ville.
A l’intérieur de cette zone centrale se trouvaient les bâtiments de la vie politique, de l’administration, de l’armée, de la vie religieuse et culturelle et des activités économiques, parmi lesquels, le palais du Dey, où jusqu’à 1817, se traitaient les affaires du gouvernement du pays ; Dar el-sikka (palais de la monnaie) ; Bayt el-mel (palais de l’administration financière) ; le poste des Bulukbashi (siège des officiers de la milice turque) ; le Tersana (arsenal et chantier des navires de la flotte algérienne). C’est là que s’élevaient les principales mosquées, centres de la vie religieuse, culturelle et judiciaire : mosquée el-Seïda, le plus élégante, reconstruite vers 1784 : mosquée Ketchaoua datant du XVIIe siècle ; mosquée el Djedid (ou de la Pêcherie), construite en 1660 ; un peu plus loin, la Grande Mosquée (el-Kébir) reconstruite en 1794 et la mosquée de Ali Bitchnin, construite en 1623. Dans cette même zone se trouvent les centres économiques de la ville dont le cœur est le Badastân.
Le besoin des militaires d’une "place d’armes", les premières percées urbaines et l’incendie accidentel du palais de la Jenina (1844) ont mené à la disparition à peu près totale du centre historique de la ville. Cette destruction rapide, qui n’a pas permis le relevé des bâtiments de l’état de la ville en 1830, accentue la difficulté, pour les chercheurs et historiens, de la reconstitution du tissu et des fonctions de la ville.
Il ne reste aujourd’hui, au centre historique d’Alger, que quelques rares bâtiments isolés comme la mosquée de la Pêcherie et Dar Aziza, une demeure du palais échappée au feu.

Le site initial d’Alger, entre les hauteurs et la mer, est présenté tel qu’il apparaît dans quelques documents historiques datant de l’époque ottomane ; les documents des militaires français rendent compte du remodelage du centre de la ville, de l’enceinte fortifiée, de ses portes et de ses bastions. Alors que certains bâtiments sont classés Monuments Historiques à partir de la fin su XIXe siècle, et que des voix s’élèvent pour l’étude et la conservation du tissu historique, la rénovation urbaine du quartier de la Marine (basse Casbah) est engagée au moment du centenaire de la colonisation (1930), suivie de plusieurs projets non réalisés. Depuis l’indépendance, des relevés et projets sont également menés pour la conservation et l’aménagement de ce quartier, qui reste à ce jour problématique du fait de sa surpopulation.

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2 - Le front de mer et la ville coloniale

Les premiers travaux coloniaux servent à l’appropriation du tissu urbain par les nouveaux occupants et marquent une rupture avec l’Alger ancien. Apparaissent aussi les premières divergences entre les intérêts des spéculateurs et ceux des militaires chargés d’assurer la sécurité de la colonie et de faire face aux protestations des musulmans exaspérés par les spoliations et destructions.

Plusieurs projets dessinent l’espace public, mettent en scène les espaces de représentation, instaurent une hiérarchie des voies en repensant la ville par fragments. Le manque d’argent amène l’État - qui donne les grandes orientations de la politique urbaine - et la Ville - qui contrôle l’espace public et la maîtrise de la forme urbaine - à utiliser leur domaine foncier pour faire construire l’Alger moderne par les fonds privés.
Ce sont les Européens - bourgeoisie commerçante, fonctionnaires, artisans, militaires… - qui jouent un rôle important dans les transformations qui se mettent en place.
Les Algériens, dont l’espace se réduit à chaque nouvelle opération, sont tenus à l’écart des activités économiques et commerciales.
À partir de 1840, la ville sortant des limites des fortifications ottomanes et des logiques de défense, le Génie élabore en 1841 un projet d’ensemble de fortifications modernes. L’architecte Pierre Auguste Guiauchain rédige en 1845 un schéma général de voirie et d’alignements concernant les terrains à édifier à l’intérieur de la nouvelle enceinte. Il installe les nouveaux bâtiments publics, Hôtel de Ville, palais du Gouverneur, théâtre, palais de justice, hôtel des postes et du trésor... dans les meilleurs emplacements dominant la mer et prévoit une série de percées transversales destinées à faciliter la liaison entre les nouveaux quartiers du nord et du sud de la ville.
Ce plan qui sera publié en 1848 par Delaroche, esquisse les rampes et les escaliers destinés à relier les quais à la ville, quelques 15 mètres plus haut, de même que les liaisons avec la place du Gouvernement au sud. Par étapes successives cette idée aboutira, en 1860, au projet de Frédéric Chassériau, architecte de la ville, qui dessine l’ensemble de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais et la ville. Il prend le nom de boulevard de l’Impératrice en honneur de l’épouse de Napoléon III qui l’inaugure en 1865 (avant son achèvement) et accueille, au fil du temps, d’importants édifices publics : la Préfecture, le Palais des Assemblées, le Casino, l’Hôtel de ville... C’est sous le Second Empire qu’Alger prendra définitivement l’empreinte d’une ville française, même si les projets de Viollet-le-Duc à la gloire de l’Empereur ne sont pas réalisés.
Parallèlement, Chassériau réalise aussi les aménagements du boulevard du Centaure qui articule les deux villes, européenne et musulmane, dans l’axe du square Bresson (Port-Saïd) et du théâtre (dont il est aussi l’auteur en 1853) ainsi que les extensions du quartier d’Isly dont certains plans sont exposés.
La création du port et du boulevard de l’Impératrice, alliant infrastructures et composition monumentale, aboutit à la création d’un paysage urbain dont l’empreinte unique aura une grande influence sur les projets et aménagements du XXe siècle. Les grands édifices publics se succéderont sur le front de mer, avec la Préfecture et le palais consulaire d’Henri Petit, le palais des Assemblées de Gabriel Darbéda, les sièges de la Banque de l’Algérie de Gustave Umbdenstock, et au moment du Centenaire, le casino/hôtel Aletti de Bluysen et Richard, et l’Hôtel de Ville des frères Niermans. Deux gares maritimes sont construites dans le port, par Petit en 1929 (môle El-Djefna), et par Urbain Cassan, Pierre Renaud et l’entreprise Perret en 1948. Le quartier d’Isly abritera aussi des édifices devenus mythiques pour certains, dont le Bon Marché et son Milk Bar et les Galeries de France (tous deux de Petit), sont les plus importants.

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3 - Le boulevard Laferrière et le "nouvel" Alger

Le passage du XIXe au XXe siècle est marqué par l’adoption, sous l’impulsion du gouverneur général d’Algérie Charles Célestin Jonnart, d’une politique culturelle qui cherche à concilier les cultures arabo-islamique et française. Les bâtiments publics de la première période coloniale sont caractérisés par un éclectisme de styles historiques importés de métropole : néo-grec, néo-classique, néo-byzantin... Au début du XXe siècle, de multiples actions sont mises en œuvre en faveur des arts indigènes dans les domaines de l’architecture, la peinture, la littérature... Plusieurs associations sont créées parmi lesquelles, en 1905, le Comité du Vieil-Alger dont le président Henri Klein propose la réhabilitation de la culture indigène et dénonce les destructions systématiques des monuments de l’ancienne ville qui gênent la croissance. En 1905, la directive de l’administration coloniale en faveur du style néo-mauresque comme style d’État est officialisée. Elle est incontournable pour certaines constructions publiques qui constituent désormais les nouveaux repères de l’Alger moderne et confèrent à la ville une dimension patrimoniale particulière. Seront construits dans ce style la Grande Poste (Voinot et Toudoire), le siège de la Dépêche algérienne, la Préfecture, les magasins des Galeries de France, la Médersa d’Alger, l’église anglicane (tous de Henri Petit)...
L’affirmation d’une politique culturelle indigène accompagne, dans les années 1920, le déplacement du centre d’Alger, de la place du Gouvernement vers le boulevard Laferrière (ancien gouverneur général) tracé par le Génie militaire sur l’emplacement des fortifications, dans la tradition des "ring" européens. Destiné à articuler la ville d’Alger avec le faubourg de Mustapha, administrativement rattaché à la ville au début du siècle, son parcours alterne les espaces de circulation et les espaces verts, en s’appuyant sur les grands édifices qui s’y implantent à partir de 1906 (La Dépêche algérienne), en 1913 (Grande Poste) ou à partir de 1933 (palais du Gouvernement général et esplanade du forum de Jacques Guiauchain, Maurice Rotival et de l’entreprise Perret).
Ce déplacement du centre de la ville a certainement été favorisé par les écoles supérieures (Facultés d’Alger de Louis Dauphin et Henri Petit, 1888) implantées sur ce qui deviendra la rue Michelet (Didouche Mourad). Un paysage monumental moderne apparaît dans la seconde moitié du XIXe siècle, dans lequel des édifices éclectiques sont inscrits, illustrant toutes les figures de l’accroche à la pente. De nouveaux quartiers surgiront rapidement dans ce secteur à la faveur de la croissance des années 1920-30. Ce sont notamment les quartiers de l’Oriental (Debussy) et le quartier Laferrière (au sud du boulevard) qui accueilleront plusieurs expériences de construction d’immeubles en béton armé menées avec l’entreprise Hennebique, ou de construction en ossature métallique, avec des architectes comme Guion, Lugan, Salavador, Lathuillère, Rosazza, Montaland, etc. Les immeubles de rapport à ossature en béton ou en acier deviennent des îlots à grande cour, créant une étonnante séquence de rues et d’angles.

4 - Des plans pour Alger

Les tentatives pour réguler et encadrer la croissance d’Alger se succèdent tout au long de l’histoire de la ville, des premières visions d’une ville nouvelle en damier aux rêveries plus organiques sur un paysage associant infrastructures, édifices et jardins dans une continuité harmonieuse.
Dans les années 1850, le besoin se fait sentir d’une extension nouvelle qui remet en cause les premières politiques d’occupation et de destruction du tissu existant. Plusieurs plans (Chassériau, Mac Carthy, Vigouroux/Caillat) sont proposés en 1858, pour l’édification d’une ville nouvelle sur l’amphithéâtre de Mustapha, au sud de la ville, et qui susciteront de vifs débats. Les investissements consentis pour la construction du boulevard de l’Impératrice empêcheront sans doute la réalisation de ces plans, mais l’extension reste à l’ordre du jour dans les plans futurs qu’Eugène de Redon proposera en 1884, puis en 1912, pour l’agrandissement de la ville sur les quartiers de l’Agha et du Champ de manœuvres.
Dans les années 1920, le plan de la ville présente des quartiers totalement bâtis, des enclaves non bâties dans des quartiers très denses, des quartiers peu denses, des terrains non encore urbanisés, et de l’habitat dispersé aux confins de la ville.
Les plans de Danger (1930-32) et de Prost et Rotival (1930-36) cherchent à rationaliser la croissance la ville. Le plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement (PAEE) demandé à Danger par la Ville, prescrit des alignements directeurs, l’élargissement ou le redressement de voies anciennes, l’ouverture de nouvelles. Il fixe aussi les servitudes en espaces boisés et en jardins, ainsi qu’une voirie périphérique liant les divers quartiers en évitant le centre. La municipalité construit le Foyer civique au milieu du Champ de Manœuvres libéré par les militaires et loti en damier.
En 1933, un Service du Plan régional est créé sous la direction de Prost et Rotival pour l’élaboration d’un plan de coordination entre 14 communes qui conduira en 1937 à la constitution de la Région algéroise réunissant quatre communes. La relation entre les deux plans raccorde deux échelles de systèmes de circulation, reliés aux réseaux nationaux.
À partir des années 1930, Alger devient le théâtre de débats passionnés sur l’architecture et l’urbanisme. Après l’urbanisme de l’extension, l’image d’une capitale méditerranéenne faisant la part belle aux réseaux de circulation fait l’objet des réflexions du plan Obus de Le Corbusier en 1932, puis de son plan directeur de 1942 qui ne rencontrera pas d’écho dans l’administration coloniale. La Région algéroise d’urbanisme dirigée par Jean de Maisonseul et Jacques Wattez dressera, en 1948, un plan d’aménagement inspiré du plan Prost, repris, dans les années 1950, par l’Agence du Plan de Pierre Dalloz et Gérald Hanning, qui introduit une pratique d’urbanisme de projet extrêmement sensible au site, inaugurant des procédures expérimentales inconnues en métropole.
Après l’indépendance, cette culture de plan est reprise et élargie, même si les objectifs du plan sont revus selon des critères différents, notamment par Niemeyer et le Comedor, avant que l’émergence d’une économie plus spéculative et moins régulée ne vienne mettre en question la notion même de prévision.

5 - Les hauts d’Alger

Le dispositif d’une ville de corniches et de vallées, tournée vers la mer, variée et aérée à l’image de Naples, se construit par touches successives. Programmes religieux et grandes institutions culturelles s’installent sur les hauteurs, dans un paysage de plateaux arborés, qu’envahit un tissu plus bas de villas. Le contraste qu’offre cette collection diversifiée d’édifices ne parvient pas totalement à nier l’harmonie du site d’Alger.
Les hauts d’Alger étaient d’abord occupés, principalement, par les maisons de campagne (fahs) des dignitaires algérois, durant la période pré-coloniale. C’est un réseau de grandes demeures dont le plan est souvent proche de celui de la maison urbaine, mais dont les espaces s’ouvrent plus nettement sur de grands jardins et sur les paysages de la baie. Après les premières occupations du milieu du XIXe siècle, une grande part de ces maisons a servi à la promotion de l’activité touristique et de l’hivernage, notamment pour les clients anglais, alors que certains palais étaient considérablement remaniés pour accueillir des institutions ou administrations (Palais d’été, musée du Bardo, villa Abd el-Tif, orphelinat Saint-Vincent de Paul, pensionnat de jeunes femmes qui deviendra l’hôtel Saint-George...).
Certains architectes se spécialisent dans cette activité de réhabilitation/reconversion des demeures ottomanes ainsi que dans la construction de demeures de style néo-mauresque, tel Georges Guiauchain, ou le disciple traducteur anglais de Viollet-le-Duc, Benjamin Bucknall, associé aux entrepreneurs de la commune d’El-Biar, les Vidal.
Jusqu’aux années 1920, ce réseau continuera à occuper les sites des hauts d’Alger, dont l’infrastructure sera adaptée à ses nouvelles fonctions comme en témoigne la reconversion de l’aqueduc du Télemly en boulevard. Des édifices religieux ponctuent certains sommets, comme Notre-Dame d’Afrique, le séminaire de Kouba, ou l’église anglicane qui occupe le site initial de la Grande Poste, alors que certains villages se constituent autour des carrefours de la périphérie comme à El-Biar, Kouba ou Birmandreïs.
Avec la croissance démographique et le fort développement de la construction de l’entre-deux guerres, les hauts d’Alger deviennent un terrain d’extension important de la ville qui s’adapte à une topographie difficile par les moyens les plus divers.
Tout en élaborant le plan régional d’Alger, l’urbaniste Henri Prost, fort de son expérience d’aménagement de la côte varoise, étudie les moyens par lesquels les potentialités du site exceptionnel de la baie peuvent être utilisées et sauvegardées avec son extension. Tony Socard propose un système de parcs qui libèrerait toutes les pentes boisées pour concentrer les constructions sur les hauteurs du Sahel. D’autres architectes participent à cette réflexion, notamment Le Corbusier qui propose l’immeuble Ponsich et l’immeuble viaduc qui seront réinterprétés par Louis Miquel, Pierre Marie ou Tombarel. Ces idées seront également reprises par Paul Guion dans une étude d’immeubles au Parc Malglaive qui inspirera l’Aérohabitat de Miquel et Bourlier.
Ainsi, à partir des années 1940, plusieurs équipements et immeubles d’habitations commencent à escalader les collines, s’insérant tant bien que mal dans le paysage.
Sur les hauteurs du boulevard Laferrière, le parc des sports et la bibliothèque nationale de Tombarel sont, surmontés de la caserne des gardes mobiles (qui deviendra ministère de la Défense en 1962), auxquels s’ajouteront plus tard, l’Institut d’études nucléaires de Michel Luyckx, bien intégré dans la pente, puis l’hôtel Aurassi qui bloquera la perspective dans les années 1960. Le boulevard du Télemly dont certaines boucles sont régularisées par des viaducs habitables accueillera l’immeuble administratif de l’EGA de Christofle, le Foyer universitaire de Bienvenu, l’Aérohabitat, le Centre d’accueil Icosium (actuel Institut Goethe) de l’ingénieur Celles et des frères Perret, et l’Ecole des Beaux-Arts de Claro et Darbéda. Plus loin, le boulevard Bru, théâtre des expériences corbuséennes, servira à la construction de la Maison de la Radio et de la Télévision de Tournon, Joly et Claro, alors qu’à son extrémité sud Pouillon implante la cité Diar el-Mahçoul qui domine le Hamma.
C’est au même endroit qu’en 1982, le Makkam-Echahid (sanctuaire du martyr) vient marquer les hauteurs du Hamma et du jardin d’Essai, signifiant le déplacement du centre de la ville vers le sud.

6 - Des grands ensembles aux grands équipements

La politique du logement d’après 1945, qu’accélère pendant la guerre d’indépendance le plan de Constantine (1960), transforme la physionomie de la périphérie d’Alger, dont la densité était restée faible et le paysage parfois intact. Le pouvoir met en place une nouvelle politique urbaine définie par le Plan Régional d’urbanisme et après 1954 par l’action de l’Agence du Plan. Un horizon de grands immeubles se constitue ainsi, dans lequel les idées de Le Corbusier sont reprises sous la forme héroïque de l’Aérohabitat ou sous celle des ponts construits, ou encore sous celle des maisons à voûtes de Roland Simounet dévalant les pentes.
Les opérations conduites par Zehrfuss, Miquel ou Pouillon marquent une nouvelle étape dans l’aménagement du site d’Alger et aboutissent, pour certaines, à la création d’espaces urbains attachants. S’ils offrent un confort intérieur certain, les immeubles de Zehrfuss et Sebag au Champ de manœuvres, conçus en 1952, constituent une rupture dans l’échelle de l’espace urbain, heureusement absorbée par la disponibilité d’espace, alors que les opérations de Pouillon (Diar el-Mahçoul, Diar es-Saada, Climat de France) s’attachent, à l’inverse, à contrôler la qualité de leurs espaces extérieurs.
C’est à partir de 1948 que les premières opérations de grands ensembles sont planifiées par les services d’urbanisme de Maisonseul et Wattez, à El-Harrach et aux Annassers, seule cette dernière étant poursuivie. Reprise par l’Agence du Plan en 1955, elle connaîtra un début de réalisation avant d’être détournée de ses objectifs de quartier satellite urbain par le Plan de Constantine. Pour rattraper le retard en matière de logement des populations "musulmanes", les opérations de grands ensembles construits selon le principe de la rentabilité maximale se multiplieront dans tous les quartiers périphériques, de Ben Aknoun à El-Harrach, Hussein-Dey ou Birmandreis, ponctuant le paysage de barres dont beaucoup resteront inachevées à l’indépendance.
Si quelques opérations sont tentées, après 1962, pour atteindre à un espace urbain alliant l’espace architectural et la multiplication du logement, comme ce fut le cas de l’opération de Oued Ouchaïa menée par les architectes Kopp et Chazanoff (1963-65), c’est le modèle des grands ensembles qui aura repris le dessus dans l’occupation des terrains de plus en plus urbanisés de la périphérie. Le plan du Comedor de 1975, faisant suite au plan de Niemeyer/Emery de 1969, ouvre la voie à une urbanisation des terrains de la plaine de la Mitidja jusque-là passablement ménagés. Elle ouvre également la voie à l’implantation de grands équipements qui vont structurer le paysage suburbain de la nouvelle métropole. Les centres gouvernemental, diplomatique et des affaires de Niemeyer ne sont pas réalisés, par contre l’université de Bab-Ezzouar, les écoles supérieures d’El-Harrach, la faculté de droit de Ben Aknoun et le parc olympique du 5 Juillet et l’institut d’études islamiques du Caroubier sont construits. Les principales opérations publiques menées après l’indépendance touchent aussi à l’ossature des services publics et notamment à l’enseignement supérieur et confirment la vocation de ces territoires à accueillir les composantes d’une métropole à la croissance continue.

Fiche technique

Commissariat général
Jean-Louis Cohen, directeur de l'Institut français d'architecture,
Youcef Kanoun, directeur des études de l'École polytechnique d'architecture et d'urbanisme d'Alger.

Parti de présentation
Entourée par un panorama photographique du paysage contemporain d'Alger *, l'exposition est essentiellement constituée d'ensembles de dessins, de photographies anciennes et de documents graphiques, présentés sur des lutrins linéaires figurant des tables d'architectes.
Des maquettes ponctuent le parcours et des peintures sont accrochées sur les murs périphériques.
Un total d’environ 350 documents est présenté, dont un tiers est constitué des archives de l’Ifa/Académie d’Architecture (notamment les fonds des entreprise Perret et Hennebique),
auxquelles s’ajoutent celles (environ 50) de la Wilaya et la Direction de l’urbanisme, de la construction et de l’habitat (DUCH) d’Alger, celles (environ 100) de plusieurs institutions françaises (Archives nationales, Bibliothèque nationale de France, Centre des archives d’outre-mer d’Aix-en-Provence, Fondation Le Corbusier, Médiathèque du patrimoine, Services historiques de l’armée de terre et de l’armée de l’air ainsi que plusieurs musées nationaux), enfin celles (environ 90) de collections privées, généralement les descendants ou familles des architectes ou artistes algérois.

Publication

"Alger, paysage urbain et architectures"
Sous la direction de Jean-Louis Cohen, Nabila Oulebsir, Youcef Kanoun
Photographies contemporaines, Dominique Delaunay, Ifa.
400 p., Éditions de l’Imprimeur, Paris 2003

Lien vers le Site Archimagazine: http://www.archimagazine.com/mostre.htm

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© Editions du Tell - Novembre 2003

 

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