|
Vu sur le Net, l'exposition "Alger, paysage urbain et architectures"
à Paris, du 25 juin au 14 septembre
2003 et présentée ultérieurement à Alger
et Montréal.
© Cité de l'architecture
et du patrimoine, Paris et Archimagazine.com
Lexposition "Alger,
paysage urbain et architectures" retrace les grands cycles
de transformation et de modernisation de la capitale algérienne,
des dernières décennies de lépoque ottomane
à nos jours. Des hauteurs de la ville blanche au front de
mer, une promenade à travers le temps met en valeur les visages
successifs de la Casbah et de la ville européenne, des premières
réalisations militaires françaises aux contributions
bâties ou non de Viollet-le-Duc, Henri Sauvage, Auguste Perret,
Le Corbusier, Roland Simounet, Fernand Pouillon ou Oscar Niemeyer
et la relation à limaginaire que la ville blanche a
façonné. Histoire dune capitale qui se construit.
Dessins dépoque, photographies anciennes,
plans et documents graphiques, pour la plupart inédits, provenant
en grande partie du fond darchives de la Cité de larchitecture
et du patrimoine, témoignent de la rencontre, dans un site
exceptionnel, entre desseins politiques et démarches darchitectes.
Des maquettes représentant des projets réalisés
ou non, et des représentations picturales de la ville et
de bâtiments historiques, viennent compléter un parcours
découverte qui suit un ordre topographique et chronologique
précis découpé en six thèmes majeurs
: "La Casbah entre lépoque ottomane et la rénovation
urbaine", "Le front de mer et la ville coloniale",
"Le boulevard Laferrière et le 'nouvel' Alger",
"Des plans pour Alger", "Les hauts dAlger",
"Des grands ensembles aux grands équipements".
Cette exposition est organisée dans le cadre
de "Djazaïr, une année de lAlgérie
en France".
Elle sera présentée ultérieurement à
Alger et Montréal.
1 - La Casbah entre lépoque ottomane
et la rénovation urbaine
Fondée au Xe siècle par un prince
berbère sur les ruines de lancienne colonie romaine
dIcosium, Al-Jazâir al-mahrûsa, la bénie,
la blanche, vit de ses activités commerciales. Ce nest
quà partir du XVIe siécle après la conquête
ottomane que ses limites urbaines seront fixées telles que
les trouveront les Français en 1830. Alger compte alors,
à lintérieur des remparts, environs 35.000 habitants,
8.000 maisons, une dizaine de grandes mosquées et plus de
100 de petites, une cinquantaine de hammams, 8 casernes, souqs,
zaouias, fundouqs...
Comme une coulée blanche de forme triangulaire, la ville
descend vers la mer, à partir dune colline haute de
124 mètres, au sommet de laquelle sélève
la Casbah (Citadelle) qui a donné son nom à la médina.
Elle se divise en deux parties bien différenciées
: une ville haute (al-Djebel) aux ruelles irrégulières,
vouée à la population la moins fortunée et
une ville basse (el-Wata) avec des rues régulières
habitée par la caste dominante dorigine turque. Celle-ci
sorganise autour dune zone centrale où convergent
les trois grandes rues commerçantes de la ville : la rue
Bab el-Jezira dessert la porte de la Marine (Bab el-Jezira) par
laquelle passe le trafic militaire et commercial du port ; la rue
Bab Azoun mène à la porte du même nom, au sud,
doù partent toutes les routes pour lintérieur
du pays et la rue Bab el-Oued dessert les faubourgs nord de la ville.
A lintérieur de cette zone centrale se trouvaient les
bâtiments de la vie politique, de ladministration, de
larmée, de la vie religieuse et culturelle et des activités
économiques, parmi lesquels, le palais du Dey, où
jusquà 1817, se traitaient les affaires du gouvernement
du pays ; Dar el-sikka (palais de la monnaie) ; Bayt el-mel (palais
de ladministration financière) ; le poste des Bulukbashi
(siège des officiers de la milice turque) ; le Tersana (arsenal
et chantier des navires de la flotte algérienne). Cest
là que sélevaient les principales mosquées,
centres de la vie religieuse, culturelle et judiciaire : mosquée
el-Seïda, le plus élégante, reconstruite vers
1784 : mosquée Ketchaoua datant du XVIIe siècle ;
mosquée el Djedid (ou de la Pêcherie), construite en
1660 ; un peu plus loin, la Grande Mosquée (el-Kébir)
reconstruite en 1794 et la mosquée de Ali Bitchnin, construite
en 1623. Dans cette même zone se trouvent les centres économiques
de la ville dont le cur est le Badastân.
Le besoin des militaires dune "place darmes",
les premières percées urbaines et lincendie
accidentel du palais de la Jenina (1844) ont mené à
la disparition à peu près totale du centre historique
de la ville. Cette destruction rapide, qui na pas permis le
relevé des bâtiments de létat de la ville
en 1830, accentue la difficulté, pour les chercheurs et historiens,
de la reconstitution du tissu et des fonctions de la ville.
Il ne reste aujourdhui, au centre historique dAlger,
que quelques rares bâtiments isolés comme la mosquée
de la Pêcherie et Dar Aziza, une demeure du palais échappée
au feu.
Le site initial dAlger, entre les hauteurs
et la mer, est présenté tel quil apparaît
dans quelques documents historiques datant de lépoque
ottomane ; les documents des militaires français rendent
compte du remodelage du centre de la ville, de lenceinte fortifiée,
de ses portes et de ses bastions. Alors que certains bâtiments
sont classés Monuments Historiques à partir de la
fin su XIXe siècle, et que des voix sélèvent
pour létude et la conservation du tissu historique,
la rénovation urbaine du quartier de la Marine (basse Casbah)
est engagée au moment du centenaire de la colonisation (1930),
suivie de plusieurs projets non réalisés. Depuis lindépendance,
des relevés et projets sont également menés
pour la conservation et laménagement de ce quartier,
qui reste à ce jour problématique du fait de sa surpopulation.
2 - Le front de mer et la ville coloniale
|

|
Les premiers travaux coloniaux
servent à lappropriation du tissu urbain par les
nouveaux occupants et marquent une rupture avec lAlger
ancien. Apparaissent aussi les premières divergences
entre les intérêts des spéculateurs et ceux
des militaires chargés dassurer la sécurité
de la colonie et de faire face aux protestations des musulmans
exaspérés par les spoliations et destructions.
|
Plusieurs projets dessinent lespace public,
mettent en scène les espaces de représentation, instaurent
une hiérarchie des voies en repensant la ville par fragments.
Le manque dargent amène lÉtat - qui donne
les grandes orientations de la politique urbaine - et la Ville -
qui contrôle lespace public et la maîtrise de
la forme urbaine - à utiliser leur domaine foncier pour faire
construire lAlger moderne par les fonds privés.
Ce sont les Européens - bourgeoisie commerçante, fonctionnaires,
artisans, militaires
- qui jouent un rôle important
dans les transformations qui se mettent en place.
Les Algériens, dont lespace se réduit à
chaque nouvelle opération, sont tenus à lécart
des activités économiques et commerciales.
À partir de 1840, la ville sortant des limites des fortifications
ottomanes et des logiques de défense, le Génie élabore
en 1841 un projet densemble de fortifications modernes. Larchitecte
Pierre Auguste Guiauchain rédige en 1845 un schéma
général de voirie et dalignements concernant
les terrains à édifier à lintérieur
de la nouvelle enceinte. Il installe les nouveaux bâtiments
publics, Hôtel de Ville, palais du Gouverneur, théâtre,
palais de justice, hôtel des postes et du trésor...
dans les meilleurs emplacements dominant la mer et prévoit
une série de percées transversales destinées
à faciliter la liaison entre les nouveaux quartiers du nord
et du sud de la ville.
Ce plan qui sera publié en 1848 par Delaroche, esquisse les
rampes et les escaliers destinés à relier les quais
à la ville, quelques 15 mètres plus haut, de même
que les liaisons avec la place du Gouvernement au sud. Par étapes
successives cette idée aboutira, en 1860, au projet de Frédéric
Chassériau, architecte de la ville, qui dessine lensemble
de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais
et la ville. Il prend le nom de boulevard de lImpératrice
en honneur de lépouse de Napoléon III qui linaugure
en 1865 (avant son achèvement) et accueille, au fil du temps,
dimportants édifices publics : la Préfecture,
le Palais des Assemblées, le Casino, lHôtel de
ville... Cest sous le Second Empire quAlger prendra
définitivement lempreinte dune ville française,
même si les projets de Viollet-le-Duc à la gloire de
lEmpereur ne sont pas réalisés.
Parallèlement, Chassériau réalise aussi les
aménagements du boulevard du Centaure qui articule les deux
villes, européenne et musulmane, dans laxe du square
Bresson (Port-Saïd) et du théâtre (dont il est
aussi lauteur en 1853) ainsi que les extensions du quartier
dIsly dont certains plans sont exposés.
La création du port et du boulevard de lImpératrice,
alliant infrastructures et composition monumentale, aboutit à
la création dun paysage urbain dont lempreinte
unique aura une grande influence sur les projets et aménagements
du XXe siècle. Les grands édifices publics se succéderont
sur le front de mer, avec la Préfecture et le palais consulaire
dHenri Petit, le palais des Assemblées de Gabriel Darbéda,
les sièges de la Banque de lAlgérie de Gustave
Umbdenstock, et au moment du Centenaire, le casino/hôtel Aletti
de Bluysen et Richard, et lHôtel de Ville des frères
Niermans. Deux gares maritimes sont construites dans le port, par
Petit en 1929 (môle El-Djefna), et par Urbain Cassan, Pierre
Renaud et lentreprise Perret en 1948. Le quartier dIsly
abritera aussi des édifices devenus mythiques pour certains,
dont le Bon Marché et son Milk Bar et les Galeries de France
(tous deux de Petit), sont les plus importants.
3 - Le boulevard Laferrière
et le "nouvel" Alger
Le passage du XIXe au XXe siècle est marqué
par ladoption, sous limpulsion du gouverneur général
dAlgérie Charles Célestin Jonnart, dune
politique culturelle qui cherche à concilier les cultures
arabo-islamique et française. Les bâtiments publics
de la première période coloniale sont caractérisés
par un éclectisme de styles historiques importés de
métropole : néo-grec, néo-classique, néo-byzantin...
Au début du XXe siècle, de multiples actions sont
mises en uvre en faveur des arts indigènes dans les
domaines de larchitecture, la peinture, la littérature...
Plusieurs associations sont créées parmi lesquelles,
en 1905, le Comité du Vieil-Alger dont le président
Henri Klein propose la réhabilitation de la culture indigène
et dénonce les destructions systématiques des monuments
de lancienne ville qui gênent la croissance. En 1905,
la directive de ladministration coloniale en faveur du style
néo-mauresque comme style dÉtat est officialisée.
Elle est incontournable pour certaines constructions publiques qui
constituent désormais les nouveaux repères de lAlger
moderne et confèrent à la ville une dimension patrimoniale
particulière. Seront construits dans ce style la Grande Poste
(Voinot et Toudoire), le siège de la Dépêche
algérienne, la Préfecture, les magasins des Galeries
de France, la Médersa dAlger, léglise
anglicane (tous de Henri Petit)...
Laffirmation dune politique culturelle indigène
accompagne, dans les années 1920, le déplacement du
centre dAlger, de la place du Gouvernement vers le boulevard
Laferrière (ancien gouverneur général) tracé
par le Génie militaire sur lemplacement des fortifications,
dans la tradition des "ring" européens. Destiné
à articuler la ville dAlger avec le faubourg de Mustapha,
administrativement rattaché à la ville au début
du siècle, son parcours alterne les espaces de circulation
et les espaces verts, en sappuyant sur les grands édifices
qui sy implantent à partir de 1906 (La Dépêche
algérienne), en 1913 (Grande Poste) ou à partir de
1933 (palais du Gouvernement général et esplanade
du forum de Jacques Guiauchain, Maurice Rotival et de lentreprise
Perret).
Ce déplacement du centre de la ville a certainement été
favorisé par les écoles supérieures (Facultés
dAlger de Louis Dauphin et Henri Petit, 1888) implantées
sur ce qui deviendra la rue Michelet (Didouche Mourad). Un paysage
monumental moderne apparaît dans la seconde moitié
du XIXe siècle, dans lequel des édifices éclectiques
sont inscrits, illustrant toutes les figures de laccroche
à la pente. De nouveaux quartiers surgiront rapidement dans
ce secteur à la faveur de la croissance des années
1920-30. Ce sont notamment les quartiers de lOriental (Debussy)
et le quartier Laferrière (au sud du boulevard) qui accueilleront
plusieurs expériences de construction dimmeubles en
béton armé menées avec lentreprise Hennebique,
ou de construction en ossature métallique, avec des architectes
comme Guion, Lugan, Salavador, Lathuillère, Rosazza, Montaland,
etc. Les immeubles de rapport à ossature en béton
ou en acier deviennent des îlots à grande cour, créant
une étonnante séquence de rues et dangles.
4 - Des plans pour Alger
Les tentatives pour réguler et encadrer la
croissance dAlger se succèdent tout au long de lhistoire
de la ville, des premières visions dune ville nouvelle
en damier aux rêveries plus organiques sur un paysage associant
infrastructures, édifices et jardins dans une continuité
harmonieuse.
Dans les années 1850, le besoin se fait sentir dune
extension nouvelle qui remet en cause les premières politiques
doccupation et de destruction du tissu existant. Plusieurs
plans (Chassériau, Mac Carthy, Vigouroux/Caillat) sont proposés
en 1858, pour lédification dune ville nouvelle
sur lamphithéâtre de Mustapha, au sud de la ville,
et qui susciteront de vifs débats. Les investissements consentis
pour la construction du boulevard de lImpératrice empêcheront
sans doute la réalisation de ces plans, mais lextension
reste à lordre du jour dans les plans futurs quEugène
de Redon proposera en 1884, puis en 1912, pour lagrandissement
de la ville sur les quartiers de lAgha et du Champ de manuvres.
Dans les années 1920, le plan de la ville présente
des quartiers totalement bâtis, des enclaves non bâties
dans des quartiers très denses, des quartiers peu denses,
des terrains non encore urbanisés, et de lhabitat dispersé
aux confins de la ville.
Les plans de Danger (1930-32) et de Prost et Rotival (1930-36) cherchent
à rationaliser la croissance la ville. Le plan daménagement,
dextension et dembellissement (PAEE) demandé
à Danger par la Ville, prescrit des alignements directeurs,
lélargissement ou le redressement de voies anciennes,
louverture de nouvelles. Il fixe aussi les servitudes en espaces
boisés et en jardins, ainsi quune voirie périphérique
liant les divers quartiers en évitant le centre. La municipalité
construit le Foyer civique au milieu du Champ de Manuvres
libéré par les militaires et loti en damier.
En 1933, un Service du Plan régional est créé
sous la direction de Prost et Rotival pour lélaboration
dun plan de coordination entre 14 communes qui conduira en
1937 à la constitution de la Région algéroise
réunissant quatre communes. La relation entre les deux plans
raccorde deux échelles de systèmes de circulation,
reliés aux réseaux nationaux.
À partir des années 1930, Alger devient le théâtre
de débats passionnés sur larchitecture et lurbanisme.
Après lurbanisme de lextension, limage
dune capitale méditerranéenne faisant la part
belle aux réseaux de circulation fait lobjet des réflexions
du plan Obus de Le Corbusier en 1932, puis de son plan directeur
de 1942 qui ne rencontrera pas décho dans ladministration
coloniale. La Région algéroise durbanisme dirigée
par Jean de Maisonseul et Jacques Wattez dressera, en 1948, un plan
daménagement inspiré du plan Prost, repris,
dans les années 1950, par lAgence du Plan de Pierre
Dalloz et Gérald Hanning, qui introduit une pratique durbanisme
de projet extrêmement sensible au site, inaugurant des procédures
expérimentales inconnues en métropole.
Après lindépendance, cette culture de plan est
reprise et élargie, même si les objectifs du plan sont
revus selon des critères différents, notamment par
Niemeyer et le Comedor, avant que lémergence dune
économie plus spéculative et moins régulée
ne vienne mettre en question la notion même de prévision.
5 - Les hauts dAlger
Le dispositif dune ville de corniches et de
vallées, tournée vers la mer, variée et aérée
à limage de Naples, se construit par touches successives.
Programmes religieux et grandes institutions culturelles sinstallent
sur les hauteurs, dans un paysage de plateaux arborés, quenvahit
un tissu plus bas de villas. Le contraste quoffre cette collection
diversifiée dédifices ne parvient pas totalement
à nier lharmonie du site dAlger.
Les hauts dAlger étaient dabord occupés,
principalement, par les maisons de campagne (fahs) des dignitaires
algérois, durant la période pré-coloniale.
Cest un réseau de grandes demeures dont le plan est
souvent proche de celui de la maison urbaine, mais dont les espaces
souvrent plus nettement sur de grands jardins et sur les paysages
de la baie. Après les premières occupations du milieu
du XIXe siècle, une grande part de ces maisons a servi à
la promotion de lactivité touristique et de lhivernage,
notamment pour les clients anglais, alors que certains palais étaient
considérablement remaniés pour accueillir des institutions
ou administrations (Palais dété, musée
du Bardo, villa Abd el-Tif, orphelinat Saint-Vincent de Paul, pensionnat
de jeunes femmes qui deviendra lhôtel Saint-George...).
Certains architectes se spécialisent dans cette activité
de réhabilitation/reconversion des demeures ottomanes ainsi
que dans la construction de demeures de style néo-mauresque,
tel Georges Guiauchain, ou le disciple traducteur anglais de Viollet-le-Duc,
Benjamin Bucknall, associé aux entrepreneurs de la commune
dEl-Biar, les Vidal.
Jusquaux années 1920, ce réseau continuera à
occuper les sites des hauts dAlger, dont linfrastructure
sera adaptée à ses nouvelles fonctions comme en témoigne
la reconversion de laqueduc du Télemly en boulevard.
Des édifices religieux ponctuent certains sommets, comme
Notre-Dame dAfrique, le séminaire de Kouba, ou léglise
anglicane qui occupe le site initial de la Grande Poste, alors que
certains villages se constituent autour des carrefours de la périphérie
comme à El-Biar, Kouba ou Birmandreïs.
Avec la croissance démographique et le fort développement
de la construction de lentre-deux guerres, les hauts dAlger
deviennent un terrain dextension important de la ville qui
sadapte à une topographie difficile par les moyens
les plus divers.
Tout en élaborant le plan régional dAlger, lurbaniste
Henri Prost, fort de son expérience daménagement
de la côte varoise, étudie les moyens par lesquels
les potentialités du site exceptionnel de la baie peuvent
être utilisées et sauvegardées avec son extension.
Tony Socard propose un système de parcs qui libèrerait
toutes les pentes boisées pour concentrer les constructions
sur les hauteurs du Sahel. Dautres architectes participent
à cette réflexion, notamment Le Corbusier qui propose
limmeuble Ponsich et limmeuble viaduc qui seront réinterprétés
par Louis Miquel, Pierre Marie ou Tombarel. Ces idées seront
également reprises par Paul Guion dans une étude dimmeubles
au Parc Malglaive qui inspirera lAérohabitat de Miquel
et Bourlier.
Ainsi, à partir des années 1940, plusieurs équipements
et immeubles dhabitations commencent à escalader les
collines, sinsérant tant bien que mal dans le paysage.
Sur les hauteurs du boulevard Laferrière, le parc des sports
et la bibliothèque nationale de Tombarel sont, surmontés
de la caserne des gardes mobiles (qui deviendra ministère
de la Défense en 1962), auxquels sajouteront plus tard,
lInstitut détudes nucléaires de Michel
Luyckx, bien intégré dans la pente, puis lhôtel
Aurassi qui bloquera la perspective dans les années 1960.
Le boulevard du Télemly dont certaines boucles sont régularisées
par des viaducs habitables accueillera limmeuble administratif
de lEGA de Christofle, le Foyer universitaire de Bienvenu,
lAérohabitat, le Centre daccueil Icosium (actuel
Institut Goethe) de lingénieur Celles et des frères
Perret, et lEcole des Beaux-Arts de Claro et Darbéda.
Plus loin, le boulevard Bru, théâtre des expériences
corbuséennes, servira à la construction de la Maison
de la Radio et de la Télévision de Tournon, Joly et
Claro, alors quà son extrémité sud Pouillon
implante la cité Diar el-Mahçoul qui domine le Hamma.
Cest au même endroit quen 1982, le Makkam-Echahid
(sanctuaire du martyr) vient marquer les hauteurs du Hamma et du
jardin dEssai, signifiant le déplacement du centre
de la ville vers le sud.
6 - Des grands ensembles aux grands équipements
La politique du logement daprès 1945,
quaccélère pendant la guerre dindépendance
le plan de Constantine (1960), transforme la physionomie de la périphérie
dAlger, dont la densité était restée
faible et le paysage parfois intact. Le pouvoir met en place une
nouvelle politique urbaine définie par le Plan Régional
durbanisme et après 1954 par laction de lAgence
du Plan. Un horizon de grands immeubles se constitue ainsi, dans
lequel les idées de Le Corbusier sont reprises sous la forme
héroïque de lAérohabitat ou sous celle
des ponts construits, ou encore sous celle des maisons à
voûtes de Roland Simounet dévalant les pentes.
Les opérations conduites par Zehrfuss, Miquel ou Pouillon
marquent une nouvelle étape dans laménagement
du site dAlger et aboutissent, pour certaines, à la
création despaces urbains attachants. Sils offrent
un confort intérieur certain, les immeubles de Zehrfuss et
Sebag au Champ de manuvres, conçus en 1952, constituent
une rupture dans léchelle de lespace urbain,
heureusement absorbée par la disponibilité despace,
alors que les opérations de Pouillon (Diar el-Mahçoul,
Diar es-Saada, Climat de France) sattachent, à linverse,
à contrôler la qualité de leurs espaces extérieurs.
Cest à partir de 1948 que les premières opérations
de grands ensembles sont planifiées par les services durbanisme
de Maisonseul et Wattez, à El-Harrach et aux Annassers, seule
cette dernière étant poursuivie. Reprise par lAgence
du Plan en 1955, elle connaîtra un début de réalisation
avant dêtre détournée de ses objectifs
de quartier satellite urbain par le Plan de Constantine. Pour rattraper
le retard en matière de logement des populations "musulmanes",
les opérations de grands ensembles construits selon le principe
de la rentabilité maximale se multiplieront dans tous les
quartiers périphériques, de Ben Aknoun à El-Harrach,
Hussein-Dey ou Birmandreis, ponctuant le paysage de barres dont
beaucoup resteront inachevées à lindépendance.
Si quelques opérations sont tentées, après
1962, pour atteindre à un espace urbain alliant lespace
architectural et la multiplication du logement, comme ce fut le
cas de lopération de Oued Ouchaïa menée
par les architectes Kopp et Chazanoff (1963-65), cest le modèle
des grands ensembles qui aura repris le dessus dans loccupation
des terrains de plus en plus urbanisés de la périphérie.
Le plan du Comedor de 1975, faisant suite au plan de Niemeyer/Emery
de 1969, ouvre la voie à une urbanisation des terrains de
la plaine de la Mitidja jusque-là passablement ménagés.
Elle ouvre également la voie à limplantation
de grands équipements qui vont structurer le paysage suburbain
de la nouvelle métropole. Les centres gouvernemental, diplomatique
et des affaires de Niemeyer ne sont pas réalisés,
par contre luniversité de Bab-Ezzouar, les écoles
supérieures dEl-Harrach, la faculté de droit
de Ben Aknoun et le parc olympique du 5 Juillet et linstitut
détudes islamiques du Caroubier sont construits. Les
principales opérations publiques menées après
lindépendance touchent aussi à lossature
des services publics et notamment à lenseignement supérieur
et confirment la vocation de ces territoires à accueillir
les composantes dune métropole à la croissance
continue.
Fiche technique
Commissariat général
Jean-Louis Cohen, directeur de l'Institut français d'architecture,
Youcef Kanoun, directeur des études de l'École polytechnique
d'architecture et d'urbanisme d'Alger.
Parti de présentation
Entourée par un panorama photographique du paysage contemporain
d'Alger *, l'exposition est essentiellement constituée d'ensembles
de dessins, de photographies anciennes et de documents graphiques,
présentés sur des lutrins linéaires figurant
des tables d'architectes.
Des maquettes ponctuent le parcours et des peintures sont accrochées
sur les murs périphériques.
Un total denviron 350 documents est présenté,
dont un tiers est constitué des archives de lIfa/Académie
dArchitecture (notamment les fonds des entreprise Perret et
Hennebique),
auxquelles sajoutent celles (environ 50) de la Wilaya et la
Direction de lurbanisme, de la construction et de lhabitat
(DUCH) dAlger, celles (environ 100) de plusieurs institutions
françaises (Archives nationales, Bibliothèque nationale
de France, Centre des archives doutre-mer dAix-en-Provence,
Fondation Le Corbusier, Médiathèque du patrimoine,
Services historiques de larmée de terre et de larmée
de lair ainsi que plusieurs musées nationaux), enfin
celles (environ 90) de collections privées, généralement
les descendants ou familles des architectes ou artistes algérois.
Publication
"Alger, paysage urbain et
architectures"
Sous la direction de Jean-Louis Cohen, Nabila
Oulebsir, Youcef Kanoun
Photographies contemporaines, Dominique Delaunay, Ifa.
400 p., Éditions de lImprimeur, Paris 2003
Lien vers le Site Archimagazine: http://www.archimagazine.com/mostre.htm
|