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Lire, Relire Mohammed DIB

Introduction

Mohammed Dib nous a quittés. Peut-être, pas vraiment, son œuvre l'inscrit dans la postérité.
Pour beaucoup d'entre nous, ce que nous connaissons de lui, ce sont ses livres qui nous l'ont appris.
L'hommage que nous voulons lui rendre, nous le souhaitons pérenne, à la fois par reconnaissance envers l'homme qui fut l'un des fondateurs de la littérature algérienne et pour les générations montantes qui trouveront, déposée dans son œuvre, une part de leur mémoire. C'est que l'Algérie a toujours habité Dib; il suffit de savoir le lire pour s'en convaincre.

L'œuvre de Mohammed Dib est immense par le nombre de ses romans, de ses poèmes, de ses nouvelles, de son théâtre, de ses essais, de ses contes. Il fut un merveilleux conteur. Immense par la densité des thèmes abordés, profonds et graves, rendus dans un verbe sobre et concis. Pur.
Lorsqu'il était petit, raconte-t-il, les morceaux choisis de son livre de lecture reconstituaient à son oreille d'enfant attentif et curieux, une certaine musique qu'il apprit à reconnaître. Ecoutons maintenant sa musique, celle qui nous vient de toutes ses œuvres que nous allons découvrir à travers certains extraits.

Nous y retrouverons le parcours d'un homme qui œuvre après œuvre, continue un voyage qui de contrée en contrée l'entraîne à la découverte de l'autre mais aussi, et c'est le plus rassurant, de lui-même. Ce livre ne prétend pas à l'exhaustivité. Il témoigne seulement du souci immédiat de raviver l'envie de lire, un préalable pour aller plus loin dans la connaissance de l'œuvre.

C'est là l'intention qui motive le chapitre introductif Mohammed Dib, fondateur et innovateur.
Le choix des extraits (Parcours) tente de rendre compte d'un parcours d'écriture aux multiples factures, à travers quelques motifs dominants ou récurrents.

  • De la trilogie Algérie qui a inspiré le cinéma algérien (El Harriq), nous avons retenu l'espace citadin et rural où se meut le petit Omar, son initiation à la vie, l'atmosphère sociale, prémices à l'éveil de la conscience politique.
  • Le chapitre Les Voies/Voix de l'écriture décline le rapport à la langue que Dib situe hors de toute considération idéologique et rend compte de sa conception de l'écriture, inscription éphémére.
  • Les lieux de l'Imaginaire
    Le Barzakh, ou l'entre-deux :
    la représentation de l'espace, en référence à :
    • la ville et ses métaphorisations,
    • la mer/mère,
    • le désert de sable et de neige, à la fois vide et plénitude.
  • L'Ailleurs, pour dire :
    • l'exil où se croisent la mort et la renaissance.
    • l'empreinte des Ecritures et des écrits soufis dans la construction romanesque (Du Livre aux livres).
    • les jardins de l'éternité, là où repose Dib et dont il n'a pas omis d'évoquer la sérénité dans l'écho du rappel à l'Eternel.

Ce parcours, composé d'une sélection de fragments textuels, est rythmé par des pauses poétiques.
D'un roman à l'autre, d'un poème à l'autre, se dessine une architecture de l'œuvre dans son unité comme le suggère la postface de La Nuit sauvage (p. 245) :
"Si, en raison de leurs affinités secrètes, l'on considère les romans d'un auteur dans leur ensemble comme un autre roman qui les englobe tous, ne devrait-on pas tenir aussi l'ensemble de ses nouvelles pour un roman qui, fait de rejets issus du tronc commun et lié par les mêmes affinités, devrait aller à son tour grossir le maître-roman ?"

Pour clore cet hommage, nous avons offert l'espace à la parole des amis de Dib, ceux des tout premiers avec lesquels nous avons partagé, même à distance, la tristesse de l'instant de la séparation.

Amina Bekkat et Afifa Bererhi

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© Editions du Tell - Novembre 2003

 

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